Mariage sicilien
Mardi 20.04.2010. il est 10h30 sur mon balcon j'ai 15°
Dienstag 20.04.2010. es ist 10H30 auf meinem Balkon habe ich 15°
Un coup d’œil par ma fenêtre Ein Blick aus meinem Fenster
Un autre de mes souvenirs, ineffaçable, le mariage de ma fille et mon voyage en la lointaine Sicile, il y a de cela plus de dix ans. Choses que je n'ai pas pensé pouvoir faire après mon hémorragie cérébrale. Merci, mes enfants, de l'avoir permis.
Mariage Sicilien
Pellegrino, paisible village qui surplombe la mer Méditerranée, en dessus de Milazzo
Début juillet au bord de la mer l'animation devient estivale et tumultueuse, mais ici sur les hauteurs c'est le calme habituel du petit village de Pellegrino, bourg de 600 âmes, niché sur la crête de la "montagne" qui commence à s'éveiller à la vie quotidienne tranquille et paisible.
Un coq enroué lance son joyeux cocorico à la rencontre du soleil.
L'étouffante chaleur a été chassée par une nuit un peu plus fraîche. Le léger courant d'air qui monte de la mer augure de la belle journée qui s'annonce.
Déjà le soleil inonde les villages nichés, comme peureusement, autour de leur église, sur le flanc de la montagne d'en face. À défaut des traditionnelles cloches de l'Angélus, actionnées par le Don Camillio du coin, ce sont les haut-parleurs de l'église de Pellegrino qui diffusent le carillon de la prière matinale, un peu kitsch, mais je dois l'avouer fort sympathique. Sur la photo Don Luigi qui avait déjà baptisé Mario.
Du bas du village on entend un autre haut-parleur, celui, nasillard, du marchand de légumes ambulant qui débute sa tournée à travers les ruelles étroites et pittoresques du bourg. À chaque arrêt il recommence sa litanie : - carotte . . . pomodore . . . pesce et autres belles uve . . . À peine que cette chanson s'est estompée c'est au tour du pêcheur à vanter à grands cris ses poissons tout frais péchés dans la grande bleue que l'on distingue au bas de la vallée.
La mamma est debout depuis fort longtemps, elle n'a pas dormi beaucoup, aujourd'hui elle marie son fils unique. Elle a aussi cinq filles, mais c'est ce fils qui permettra peut-être de perpétuer le nom. Oui, c'est un grand jour pour la mamma ! Elle a déjà soigné les poules et ramené les oeufs tout frais pour le petit déjeuner. Elle a déjà fait son tour "à la campagne" , cueilli des pêches juteuses pour les invités. Elle a briqué toute la rue devant la maison, il faut faire honneur à la nouvelle famille qui dès ce jour fera partie du clan.
La consécration du mariage aura lieu en fin d'après-midi dans la petite vieille église dédiée à la Madonna de Crispino dont une statue trône sur l'autel. Une jolie légende est rapportée à ce sujet : des gens de Milazzo (ville du bord de mer en contrebas de Pellegrino) ont découvert, non loin de l'église de Crispino, enfoui dans
une grotte, la statue qui se trouve maintenant dans ce sanctuaire. Ils ont voulu l'emporter chez eux. Arrivés à la hauteur de l'arc qui traverse le chemin, le ciel s'assombrissait et une tempête d'une rare violence se déclenchait, des éclairs éblouissants zébraient le ciel et la statue devenait toujours plus lourde. Si lourde qu'ils n'arrivaient plus à la porter, impossible de passer sous l'arche, comme si une paroi invisible leur barrait le chemin. Ils décidèrent de laisser la statue sur place et de s'en aller. Immédiatement la tempête se calma, et la pluie cessait, plus rien ne les empêchait de passer sous l'arc ! Les habitants de Pellegrino sont certains que leur statue doit rester chez eux, que c'était la volonté de la Sainte Vierge. Comme toutes les légendes, celle-ci cache certainement un enseignement que les sages dans le temps savaient mieux interpréter que je ne saurais le faire.
De longues et fastidieuses préparatifs ont précédé cette journée. Parmi ces préliminaires une place importante est réservée à l'achat des habits de cérémonie des deux fiancés. Pas question d'effectuer ces achats dans n'importe quel grand magasin, non, il existe des magasins spécialisés qui offrent tout ce qu'il faut et même ce qu'il ne faut pas . . .
Il a fallu préparer les bonbonnières qui doivent traditionnellement être remises à chaque famille invitée. C'est pourquoi que l'on trouve dans toute famille sicilienne des amoncellements de bibelots, souvenirs des mariages auxquels ils ont assisté.
Acheter les cadeaux pour les témoins, en l'occurrence des lampes en céramique, à mon avis du plus parfait mauvais goût, mais c'est la tradition . . .
Le dimanche avant le grand jour est réservé aux visites de la famille, tantes, oncles, cousines et cousins. Ce sont de grandes embrassades, échanges de souvenirs et remise discrète de l'enveloppe avec le cadeau qui permettra de couvrir les frais d'une si belle noce.
Toutes ces préparations sont empreintes de "ce qui se fait" et de "ce qui ne se fait pas". Bien sûre, il y a beaucoup de traditions fort sympathiques, malheureusement trop souvent exploités par de fort habiles commerçants.
À 16 h 30 la première partie du cortège se met en route pour le sanctuaire de Crispine. Mario, le fiancé, dans son beau costume tout neuf, la boutonnière dignement fleurie, beau comme un Dieu grec, accompagné de sa mamma et précédé du plus jeune des neveux, portant sur un petit coussin blanc les alliances. Le reste de la famille ainsi que les amis suivent tout endimanchés.
Un peu plus tard c'est au tour de Myriam, la fiancée, magnifique dans sa belle robe de mariée avec son beau bouquet de fleurs, et moi, son papa, fier comme Arpagon, pour la première fois depuis fort longtemps dans des souliers bas. Nous avons le droit de rejoindre l'église dans la voiture artistiquement décorée d'une magnifique gerbe de fleurs et de rubans de voile blanc.
À Crispine je me sens comme un jeune débutant à son premier bal quand je conduis ma fille à l'autel ! Au bras de Myriam je traverse l'église sur toute sa longueur (heureusement qu'elle est
petite), sous les applaudissements de toute l'assemblée qui a déjà pris place dans les bancs. J'ai de la peine à cacher la larme qui se pointe au coin de l'oeil. Je suis soulagé quand j'arrive sans encombre au bout du tapis rouge et que je peux m'assoire sur la chaise qui a été préparée pour moi.
La cérémonie est très belle et émouvante. On ressent très bien l'émotion de Don Luigi qui se souvient qu'il avait baptisé le petit Mario et qui raconte quelques exploits du petit sacripant grandissant, qui parle de Myriam qui porte le beau nom de la patronne de ce sanctuaire, Marie, et qui est venue du lointain Bex pour épouser un enfant de Pellegrino. Il rend hommage à la mamma de Mario et à son papa qui nous regarde d'un autre monde. Il parle même de nous, les parents de Myriam qui sommes venus de si loin pour participer à la joie de notre fille.
Un beau choeur accompagne le culte avec des chants qui ressemblent à des chansons folkloriques. Il y a même un ténor, ami de Mario, qui chante l'Ave Maria d'une fort belle voix.
Je craignais un peu toutes ces cérémonies, mais grâce à Don Luigi elles n'étaient pas ennuyeuses du tout, très familières et personnelles, pas anonymes. Les textes ne sont pas ânonnés, chaque mot sonne juste et est bien à sa place. Souvent des applaudissements soulignent des passages spécialement appréciés.
La mariée rayonne et fait plaisir à voir, le marié est souvent ému aux larmes.
Après la cérémonie tout le monde suit les mariés, en cortège, à pied, à travers tout le village sous les applaudissements et une pluie de grains de riz, en marchant sur un tapis de pétales de roses que les voisines jettent sous leurs pas. Embrassades et félicitations.
C'est en voitures que les invités gagnent Montforte pour le souper de gala (il n'y a pas de restaurant à Pellegrino). Un orchestre formé par des jeunes du village met l'ambiance. La centaine d'invités
trinquent pour l'apéritif en attendant les mariés, partis faire les photos traditionnelles au bord de mer. Quand le nouveau couple arrive les musiciens jouent la marche nuptiale et toute l'assistance les salue par des applaudissements chaleureux et frénétiques.
Le repas est Gargantuesque mais néanmoins fort bon, entrecoupé de danses, même Don Luigi n'a pas hésité de faire tourner la mariée et moi-même j'ai esquissé quelques pas de danse avec Myriam, salués par des applaudissements.
Après la distribution des bonbonnières je me suis fait raccompagner à la maison, il était plus d'une heure du matin, je n'ai pas eu le temps d'être fatigué !
Félicitations Myriam, félicitations Mario, auguri, soyez heureux !
Votre papa heureux

